Publié le par Apolline
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Quand on est freelance (micro-entrepreneur, entrepreneur individuel ou dirigeant d'EURL ou de SASU), on cotise pour la retraite. Mais le mécanisme diffère de celui d'un salarié, et les droits accumulés sont, en règle générale, plus modestes. Selon le Conseil d'orientation des retraites, un indépendant peut perdre jusqu'à 60% de ses revenus au moment du départ à la retraite(1), soit deux fois plus qu'un salarié du privé.
Le constat est simple : personne ne pilote votre retraite à votre place. Pas d'employeur, pas de service RH, pas de complémentaire d'entreprise. C'est à vous de comprendre comment vos cotisations se transforment en droits, combien de trimestres vous validez chaque année, et quels leviers vous pouvez activer pour combler l'écart de pension à venir. Plus vous vous emparez tôt du sujet, plus vous disposez de marges de manœuvre.
Cet article fait le tour de la question : régime applicable selon votre statut, calcul des cotisations, validation des trimestres, et solutions concrètes pour préparer votre retraite.
Oui. Tout freelance cotise obligatoirement dès le premier euro de revenu déclaré, auprès d'un régime de base et d'un régime complémentaire. La cotisation retraite du micro-entrepreneur suit ses propres règles, distinctes de celles de l'EI au régime réel.
Le mode de calcul pour la retraite du freelance dépend du statut(3) :
À retenir : un TNS (travailleur non salarié) supporte seul l'intégralité de ses cotisations sociales, sans part patronale. Un salarié, lui, voit son employeur financer environ la moitié de ses cotisations retraite. Cet écart pèse lourd sur la pension finale, à revenu net équivalent. La façon dont un indépendant se verse un salaire influence donc directement ses droits à la retraite d’entrepreneur individuel.
Le régime retraite d’un indépendant dépend à la fois de la forme juridique et de la nature de l’activité. Plusieurs situations sont possibles.
| Statut | Régime social | Exemple courant |
|---|---|---|
| TNS (travailleur non salarié) | ||
| Régime social | SSI ou CNAVPL selon activité | |
| Exemple courant | Micro-entrepreneur, EI, gérant majoritaire EURL | |
| Assimilé salarié | ||
| Régime social | Régime général Sécurité sociale | |
| Exemple courant | Président SAS/SASU, gérant minoritaire SARL | |
| Salarié porté | ||
| Régime social | Régime général — même protection qu'un salarié | |
| Exemple courant | Portage salarial | |
| TNS (travailleur non salarié) | SSI ou CNAVPL selon activité | Micro-entrepreneur, EI, gérant majoritaire EURL |
| Assimilé salarié | Régime général Sécurité sociale | Président SAS/SASU, gérant minoritaire SARL |
| Salarié porté | Régime général — même protection qu'un salarié | Portage salarial |
Au sein des TNS, la caisse compétente varie selon la profession(2) :
Deux points méritent une vigilance particulière. D'abord, la cotisation minimale en EI ou EURL soumis l’IR : même sans revenu, l'entrepreneur règle une cotisation forfaitaire annuelle (entre 1 231 € et 1 273 € en 2025(4)) qui couvre les indemnités journalières, la retraite de base, l'invalidité-décès, ainsi que la contribution à la formation professionnelle, dont le montant varie selon l’activité. La part dédiée à la retraite de base permet de valider 3 trimestres par an. Ce filet de sécurité n'existe pas en micro-entreprise : un micro-entrepreneur sans CA suffisant sur une année peut se retrouver sans trimestre validé. Ensuite, comme évoqué plus haut, les dividendes versés à un président de SASU n'ouvrent aucun droit à la retraite. Une rémunération régulière, même modeste, est nécessaire pour cotiser.
Beaucoup d'indépendants alternent au cours de leur vie professionnelle salariat, micro-entreprise, EI, portage salarial ou société. Ils deviennent alors polypensionnés freelances : leurs droits se répartissent entre plusieurs caisses, et chaque pension reste cumulable au moment du départ à la retraite. Pour vérifier la cohérence de votre relevé, le portail info-retraite.fr consolide l'ensemble de vos trimestres validés, toutes caisses confondues.
La règle est la même pour tous les indépendants : un trimestre est validé si le revenu cotisé sur l'année dépasse 150 fois le SMIC horaire brut(3). En 2026, avec un SMIC horaire de 12,02 €, ce seuil correspond à 1 803 € de revenu cotisé par trimestre, soit 7 212 € sur l'année pour valider les 4 trimestres maximum (un freelance ne peut pas en acquérir davantage par année civile).
Les seuils de chiffre d'affaires varient selon le statut, en raison des différents taux de cotisation. Un micro-entrepreneur en prestation de services BIC valide ses 4 trimestres dès 14 424 € de CA annuel ; un EI au régime réel y parvient avec 7 212 € de revenu net cotisable. Les seuils détaillés par activité et les règles de calcul retraite en entreprise individuelle sont précisés dans notre dossier dédié à la validation des trimestres en entreprise individuelle.
Le risque concret pour un freelance aux revenus irréguliers : une année de chiffre d'affaires faible peut déboucher sur aucun trimestre validé. Et chaque année civile est indépendante : un CA exceptionnel l'année suivante ne rattrape pas un trimestre manqué.
L'écart entre la retraite d’un micro-entrepreneur et celle d'un salarié classique tient à trois facteurs combinés.
D'abord, le taux global de cotisation d'un TNS reste inférieur à celui d'un salarié et de son employeur cumulés. Mécaniquement, les droits générés sont moindres, en particulier sur la retraite complémentaire. Ensuite, pour le micro-entrepreneur, l'assiette est le CA brut, sans abattement pour frais professionnels : à revenu disponible identique, il cotise sur une base plus étroite qu'un salarié dont la rémunération est intégralement « productrice de droits ». Enfin, l'absence de cotisations patronales prive l'indépendant d'un effet de levier important.
Concrètement, à revenu net équivalent de 2 000 € par mois sur 30 ans, un salarié du privé peut espérer une pension supérieure de 30 à 50% à celle d'un indépendant ayant le même statut social, selon les estimations consultables sur info-retraite.fr. L'écart se creuse encore davantage pour les revenus élevés.
Au regard de ces chiffres, l’information principale sur la retraite freelance à retenir : un complément d'épargne est presque toujours nécessaire pour maintenir son niveau de vie après l'arrêt de l'activité.
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Plusieurs leviers complémentaires existent. L'idéal est de les actionner tôt et de les combiner.
C'est le dispositif fiscal le plus avantageux pour les freelances. Les versements effectués par l’indépendant dans ce PER sont déductibles du revenu professionnel imposable dans la limite d'un plafond annuel(6), ce qui en fait un outil particulièrement intéressant en EI au réel ou en profession libérale. L'effet est double : on prépare sa retraite tout en réduisant son imposition de l'année. Et plus le PER est ouvert tôt, plus la capitalisation joue dans la durée.
Pour celles et ceux qui ont eu un parcours irrégulier (années d'études supérieures, périodes à faibles revenus, séjours à l'étranger), la SSI ou la CNAVPL permet, sous conditions, de racheter les trimestres manquants. Le coût dépend de l'âge au moment de la demande et du dispositif retenu. À évaluer idéalement avant la cinquantaine, lorsque l'opération reste financièrement raisonnable.
Un freelance dont les seuils du régime micro sont régulièrement dépassés a tout intérêt à se poser la question d'une autre forme juridique. Examiner un passage en EI au régime réel ou en EURL prend tout son sens, ne serait-ce que pour bénéficier de la cotisation minimale qui garantit 3 trimestres par an, même en cas de faible revenu.
Selon votre caisse, il est parfois possible de cotiser au-delà du minimum obligatoire pour majorer vos points retraite. Une option à considérer pour les profils libéraux dont la pension complémentaire est le levier principal d'amélioration.
Au-delà du PER, conserver une réserve liquide sur un livret reste une stratégie saine pour les freelances dont les revenus fluctuent. Cette réserve permet aussi d'alimenter régulièrement un PER sans déséquilibrer la trésorerie courante.
Pour un freelance, l'immobilier joue à deux niveaux. La résidence principale d'abord : un crédit soldé avant la retraite allège durablement le budget mensuel. Le locatif ensuite, qui transforme une part de votre épargne en revenus réguliers, utiles quand la pension ne suffit plus. Mais cela nécessite un engagement long et peu liquide, à n'envisager que si la trésorerie de l'activité le permet.
Oui, le cumul retraite et freelance est autorisé sous conditions(5)(7). Deux régimes coexistent.
Le cumul intégral s'applique si vous avez liquidé toutes vos pensions de base et complémentaires, et si votre retraite a été obtenue à taux plein (durée d'assurance complète, ou âge du taux plein automatique à 67 ans). Vos revenus d'activité sont alors libres, sans plafond. Depuis 2023, ce cumul peut générer de nouveaux droits auprès de votre caisse, sous forme d'une seconde retraite plafonnée.
Le cumul plafonné s'applique dans les autres cas. Vos revenus d'activité sont alors limités, et le dépassement entraîne la suspension du versement de la pension. À noter que l'âge légal de départ à la retraite est fixé à 64 ans pour un indépendant né à partir de 1968. Avant ou après, des règles spécifiques s'appliquent. Une déclaration auprès de votre caisse est indispensable au moment de la reprise ou de la poursuite d'activité.
Les TNS ne cotisent pas à l'assurance chômage et n'ont donc pas droit à l'allocation classique des salariés. Depuis novembre 2019, ils peuvent toutefois percevoir l'Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI) en cas de cessation pour raisons économiques. Pour y prétendre, il faut justifier d'au moins deux ans d'activité, de 10 000 € de CA annuel sur l'une des deux dernières années, de ressources sous le RSA et être en recherche active d’emploi. L'allocation forfaitaire s'élève à environ 800 € par mois pendant six mois maximum.
Côté retraite, bonne nouvelle. Selon l'Assurance retraite, l'ATI permet de valider des trimestres(8), intégrés à la durée d'assurance du freelance(7). Le portage salarial, lui, ouvre des droits à l'assurance chômage classique, qui valident également des trimestres.
Les informations communiquées dans cet article sont à titre indicatif et non exhaustives. Il appartient au lecteur de se rapprocher de toute structure d’accompagnement ou tout conseil juridique, fiscal ou comptable pour disposer des informations complètes et précises.
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