Publié le par Apolline
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Micro-entrepreneur, gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel, profession libérale : derrière le sigle TNS se cachent des statuts variés, mais un point commun. Tous cotisent à un régime de retraite distinct de celui des salariés, avec des règles spécifiques de cotisation, de calcul et de validation des trimestres.
Concrètement, à revenu équivalent, un travailleur non salarié cotise moins qu'un salarié et son employeur cumulés. La pension de retraite finale s'en ressent mécaniquement. Sans anticipation, l'écart peut atteindre plusieurs centaines d'euros par mois sur la durée de la retraite. La bonne nouvelle, c'est qu'il existe des leviers concrets pour compenser, à condition de comprendre comment fonctionne le système et de s'y prendre suffisamment tôt. La façon dont un indépendant se verse un salaire influence d'ailleurs directement les droits qu'il accumule.
Voici comment fonctionne la retraite TNS et les actions à mettre en place pour maximiser vos droits.
La retraite TNS repose sur deux composantes obligatoires(1). La première, c’est la retraite de base, gérée par l’Assurance retraite du régime général de la Sécurité sociale, via la Sécurité sociale des indépendants (ex-RSI). La seconde, la retraite complémentaire obligatoire(2), qui relève du Régime Complémentaire des Indépendants (RCI) pour les artisans, commerçants et professions libérales non réglementées. Pour les professions libérales réglementées, la base relève de la CNAVPL et la complémentaire est gérée par une caisse spécifique : CIPAV pour les architectes ou consultants spécialisés, CARPIMKO pour les paramédicaux, CARMF pour les médecins, CNBF pour les avocats.
Le montant de votre future pension dépend de trois variables : les revenus professionnels déclarés tout au long de la carrière, le nombre de trimestres validés, et le taux de liquidation appliqué au moment du départ.
Pour les artisans, commerçants et libéraux non réglementés, le calcul de la retraite TNS de base suit la formule du régime général(1) :
Pension = (revenu annuel moyen × taux de liquidation × durée d'assurance) ÷ durée de référence
Le revenu annuel moyen retient les 25 meilleures années de revenus professionnels, dans la limite du PASS de chaque année (48 060 € en 2026). Le taux de liquidation maximal, appelé « taux plein », est de 50%. Pour l'obtenir, deux options : soit valider la durée d'assurance requise (entre 167 et 172 trimestres selon votre année de naissance, conséquence de la réforme de 2023) ; soit atteindre l'âge du taux plein automatique fixé à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres validés.
Sans taux plein, la pension subit une décote de 1,25% par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Concrètement, un revenu professionnel modeste sur la carrière, ou des années à trimestres incomplets, pèsent lourd au moment de la liquidation. Pour les libéraux réglementés (CNAVPL), la retraite de base est calculée différemment, sur un système par points.
Les taux de cotisations retraite des TNS ont été revus par la réforme de l'assiette sociale issue de la LFSS 2024(3). À compter d'avril 2026, avec la régularisation des cotisations 2025, une assiette unique remplace les deux assiettes historiques. Désormais elle repose sur le revenu brut diminué d'un abattement forfaitaire de 26%. Le total des prélèvements sociaux ne bouge pas globalement, mais la part « contributive » qui ouvre des droits, dont la retraite, augmente. La part CSG/CRDS, qui n'ouvre aucun droit, diminue en contrepartie. Les droits retraite des indépendants sont donc mécaniquement améliorés.
Voici les nouveaux taux applicables aux artisans, commerçants et libéraux non réglementés(3) :
| Nature de la cotisation | Assiette et taux de cotisation |
|---|---|
| Retraite de base | 17,87% dans la limite de 1 PASS (48 060 €), puis 0,72% au-delà |
| Retraite complémentaire (RCI) | 8,1% dans la limite de 1 PASS, 9,1% entre 1 et 4 PASS, 0% au-delà de 4 PASS |
Vos cotisations retraite TNS prélevées par l'URSSAF sont d'abord calculées à titre provisionnel, puis régularisées une fois les revenus réels connus. Pour les libéraux réglementés affiliés à la CIPAV, les taux diffèrent : 8,73% puis 1,87% pour la base, 11% puis 21% pour la complémentaire. Les autres caisses CNAVPL conservent leurs propres barèmes pour la complémentaire.
Point important : même sans revenu, la cotisation minimale garantit la validation de 3 trimestres par an aux entrepreneurs individuels au régime réel et aux gérants d'EURL à l'IR(1). Pour 2026, elle s'élève à 1 113 € (hors formation professionnelle, allant de 118 € à 160 € selon l’activité)(4). Pour les micro-entrepreneurs, la réalité est tout autre : il n’y a pas de cotisation minimale, et sans chiffre d'affaires suffisant sur l'année, il est possible qu’aucun trimestre ne soit validé. À noter que les taux de cotisations retraite ont évolué ces dernières années, dans le cadre d'un alignement progressif avec les salariés.
Le principe est identique pour l'ensemble des travailleurs indépendants : l’acquisition d’un trimestre de retraite requiert un revenu cotisé équivalent à 150 heures de SMIC brut sur l’année. Compte tenu d'un SMIC horaire fixé à 12,02 € en 2026, il est nécessaire de justifier d'un revenu cotisé de 1 803 € par trimestre. Pour valider le plafond annuel de 4 trimestres, le total doit donc atteindre 7 212 €, aucun droit additionnel ne pouvant être obtenu au-delà(5).
Néanmoins, les conditions d'application varient en fonction du statut juridique choisi. Si la validation des trimestres pour les Travailleurs Non-Salariés (TNS) s'appuie sur le revenu net cotisable pour une entreprise individuelle (EI) au régime réel, elle est calculée sur la base du chiffre d'affaires brut pour les micro-entrepreneurs. Ce paramètre modifie de manière importante les seuils à réaliser selon la nature de l'activité. Afin de consulter un récapitulatif complet des barèmes de calcul de la retraite en entreprise individuelle, classés par statut et par secteur, nous vous invitons à découvrir notre article dédié à la validation des trimestres de retraite en entreprise individuelle.
À noter que le rachat de trimestres manquants reste possible auprès de votre caisse, mais le coût grimpe avec l'âge. Cette solution est donc à anticiper avant la cinquantaine pour rester accessible.
La retraite obligatoire d'un TNS reste structurellement inférieure à celle d'un salarié. Pour maintenir son niveau de vie après l'arrêt de l'activité, une complémentaire retraite TNS facultative s'impose dans la plupart des cas. Plusieurs leviers existent, idéalement à combiner.
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) individuel est l'outil le plus avantageux fiscalement. Les versements sont déductibles du revenu professionnel imposable dans la limite d'un plafond annuel, ce qui réduit l'imposition de l'année tout en construisant un capital retraite. Plus le PER est ouvert tôt, plus la capitalisation joue.
Les anciens contrats Madelin, fermés à la souscription depuis 2020, continuent de fonctionner pour celles et ceux qui en détiennent. Ils peuvent être transférés vers un PER pour bénéficier des règles plus souples du nouveau dispositif. L'assurance-vie, plus flexible que le PER, complète utilement le dispositif si vous souhaitez garder la main sur votre épargne avant la retraite.
Au-delà des produits d'épargne, l'immobilier reste un pilier classique de la préparation à la retraite pour les indépendants, avec deux logiques distinctes. La première, devenir propriétaire de sa résidence principale avant la liquidation des droits permet de neutraliser un poste de dépense majeur. Une fois le crédit soldé, le besoin de revenu mensuel diminue d'autant, ce qui rend la baisse de pension plus supportable. La seconde, l'immobilier locatif, permet de transformer une part d'épargne en flux de revenus complémentaires. Pour un TNS dont la pension sera modeste, c'est un moyen de reconstituer une forme de revenu régulier après l'arrêt de l'activité.
Première brique d'une stratégie retraite réussie : se constituer une réserve de liquidités avant même d'engager un effort d'épargne long terme. Accessible avec votre compte professionnel Hello bank! Pro, le Livret Hello Pro répond à ce besoin, avec une rémunération sécurisée, sans plafond, et une disponibilité immédiate des fonds.
Oui, le cumul emploi-retraite TNS est autorisé(6), sous deux régimes distincts. Voici le minimum à connaître pour anticiper sereinement.
Le cumul intégral s'applique si vous avez liquidé toutes vos pensions de base et complémentaires, et obtenu votre retraite à taux plein (durée d'assurance complète, ou âge du taux plein automatique à 67 ans). Vos revenus d'activité sont alors libres, sans plafond. Depuis la réforme des retraites de 2023, ce cumul peut générer une seconde pension, plafonnée, qui s'ajoute à la pension initiale.
Le cumul plafonné s'applique si ces conditions ne sont pas réunies. Vos revenus d'activité sont alors limités, et un dépassement entraîne la suspension du versement de la pension. Une déclaration auprès de votre caisse de retraite est indispensable lors de la reprise ou de la poursuite d'activité.
Selon info-retraite.fr, à revenu net équivalent, un salarié bénéficie d'une pension supérieure de 30 à 50% à celle d'un indépendant, qui s’explique par trois facteurs combinés : un taux global de cotisation plus faible côté TNS, une assiette qui ne tient pas compte des cotisations patronales, et une retraite complémentaire historiquement moins généreuse que l'AGIRC-ARRCO des salariés. La réforme de l'assiette sociale tend à réduire cet écart, sans le supprimer.
Un gérant majoritaire de SARL ou un gérant d'EURL à l'IR relève du régime des TNS. Sa retraite se calcule sur la rémunération qu'il se verse, et non sur les dividendes (qui n'ouvrent aucun droit). Il a donc tout intérêt à arbitrer sa rémunération en tenant compte de l'impact sur ses futurs droits, et pas seulement de la fiscalité immédiate.
En 2026, il faut atteindre 7 212 € de revenu cotisé sur l'année (pour un EI au régime réel). Le seuil grimpe pour les micro-entrepreneurs, dont l'assiette est le chiffre d'affaires brut, avec des montants qui varient selon la nature de l'activité (vente, prestations BIC, libéral BNC). Par exemple, un artisan devrait réaliser un CA annuel minimum de 14 424 € pour valider 4 trimestres, alors qu’un TNS professionnel de la restauration devra atteindre 24 868 €.
Un TNS ne perçoit pas de salaire au sens strict. Il se verse une rémunération (gérant) ou prélève sur le résultat de son activité (entrepreneur individuel, micro-entrepreneur). Le « net » dépend du statut, du régime fiscal, des cotisations sociales appliquées et du choix de versement. Une réalité qui rend la comparaison directe avec un salarié peu pertinente sans contextualisation.
Un TNS qui poursuit ou reprend une activité après la liquidation de sa retraite continue de cotiser comme tout indépendant en activité, sur le chiffre d'affaires ou le revenu déclaré selon le statut. Avant 2023, ces cotisations étaient versées sans contrepartie : aucun droit nouveau ne s'ouvrait. Depuis la réforme, en cumul intégral, elles peuvent ouvrir droit à une seconde pension plafonnée qui s'ajoute à la pension initiale. En cumul plafonné, le mécanisme reste plus restrictif et les cotisations supplémentaires ne génèrent pas systématiquement de droits nouveaux.
Les informations communiquées dans cet article sont à titre indicatif et non exhaustives. Il appartient au lecteur de se rapprocher de toute structure d’accompagnement ou tout conseil juridique, fiscal ou comptable pour disposer des informations complètes et précises.
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